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L'astéroïde noir | B.R. Bruss | 1964


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Fleuve Noir Anticipation n°251

L'astéroïde noir @ 1964 Fleuve Noir | Illustration de couverture @ René Brantonne | Scan de la couverture du livre @ J.-M. Archaimbault, collection privée
En 2102, les volontaires d’un groupe de recherches sur le subconscient découvrent peu à peu qu’ils partagent un rêve collectif et une sorte de télépathie onirique. Dans une lande crépusculaire sur laquelle flottent des brumes ondoyantes et de petites nuées mouvantes, chacun se sent appelé vers des palais fabuleux qui se dressent au loin, par-delà des brouillards aux étranges couleurs.
 
Visite après visite, le narrateur et ses compagnons s’aventurent dans le Zophir, un univers supradimensionnel interférant avec l’hyperespace, malléable par la force de la pensée. Accédant à l’un des palais hétéroclites, ils y retrouvent avec surprise Hérold Sinifer, le scientifique et astronaute disparu trente ans plus tôt alors qu’il franchissait le mur de la lumière avec le premier vaisseau expérimental équipé d’un propulseur antigrav. Cette miraculeuse découverte aurait enfin dû ouvrir aux Terriens le chemin des étoiles mais l’échec de son inventeur, Jérôme Luiz, lors de la seconde tentative a étouffé tous les espoirs d’expansion humaine hors du Système Solaire.
 
Les révélations de Sinifer à ses visiteurs oniriques sont pour le moins sidérantes. Les deux prototypes désintégrés en vol ont, en réalité, resurgi dans le Zophir, y apportant une partie de la matière nécessaire à sa conquête par deux gourfis, des entités malveillantes issues d’un ailleurs encore plus inconcevable. C’est l’une d’elles qui, ayant fait par hasard une incursion dans notre continuum, a « soufflé » le principe de l’antigrav à son inventeur afin d’amorcer les transferts de substance exigés pour la domination du Zophir. Elles règnent sur plusieurs domaines de ce monde intermédiaire, façonnés et peuplés à leur gré par les yuris qui sont des émanations de leurs esprits. Tantôt alliées, tantôt adversaires, elles s’affrontent parfois en donnant corps à leurs psychocréations. Mais leur vrai dessein est de conquérir les dimensions voisines, à commencer par le continuum où vivent les Humains. Pour cela, des quantités toujours plus importantes de matière sont indispensables et doivent être amenées dans le Zophir. Les deux astéroïdes noirs qui viennent de se placer, l’un en orbite autour de la Terre et l’autre autour de Mars, sont les catalyseurs de ces transferts massifs en même temps que les vecteurs de l’invasion désormais imminente.
 
Tombé sous l’emprise des gourfis maléfiques et retenu prisonnier, Sinifer a fini par libérer une partie de son essence psychique et contacté les rêveurs dont il a « programmé » le songe collectif. Son but est d’attirer un groupe conséquent d’Humains dans le Zophir afin d’en organiser la défense. Naviguant entre rêve et réalité, résistant aux attaques polymorphes et trompeuses des entités malveillantes, le narrateur et ses équipiers réussiront à faire expédier dans le Zophir le nombre suffisant de fusées antigrav pour permettre d'anéantir les forces d’invasion en train de se rassembler et, par réaction en chaîne, les deux astéroïdes noirs.
 
Acceptant leur défaite, les gourfis refuseront de se montrer sous leur vraie forme monstrueuse, relateront cependant tous les détails de leur tentative, puis repartiront pour une éternité vers la lointaine « caverne de l’Univers » dont ils étaient venus.

L’essentiel de ce roman assez complexe réside dans la narration du périple onirique à travers des landes crépusculaires, à l’ambiance fantastique, jusqu’aux palais hétéroclites et baroques où se cachent des créatures polymorphes et ambiguës. Les noms inventés chantent de sonorités étranges, assez musicales : Glomor, Rlindor, Zlendal pour les lieux, Sohol, Tibdal, Yuhilu, Sinifer pour certains des personnages… L'idée sous-jacente est très originale, la construction dramatique remarquable. De plus, l’illustration fascinante de René Brantonne restitue admirablement l’atmosphère pleine de poésie des pages les plus mémorables de cet ouvrage signé B. R. Bruss (pseudonyme de René Bonnefoy, 1895-1980), son dix-septième dans la collection Fleuve Noir Anticipation – sans conteste le plus singulier et étonnant de la part d’un auteur qui, pour l’essentiel de sa production très appréciable, a jusqu’alors surtout privilégié le Space Opera, l’exploration aventureuse de planètes riches en surprises et la confrontation à des créatures non humaines souvent fort exotiques.

Dessin hommage à René Brantonne

Dessin (crayons, pastel sec) @ Jean-Michel Archaimbault

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