Retour à demain @ 1957 Fleuve Noir | Illustration de couverture @ René Brantonne
Introduction
Le nom de certains auteurs agit parfois comme un violent répulsif pour diverses raisons. Par exemple, le développement d'une idéologie douteuse et la promotion d'une pseudo science érigée en une doctrine spirituelle qui servira à bâtir un mouvement tentaculaire aux débordements condamnables. Dès lors que l'affaire devient connue, l'intégralité de leurs œuvres doit-elle être mise à l'index, en particulier celles qu'ils ont écrites avant de « basculer » ?
Ainsi, à partir du début des années 1950, « rien ne va plus » pour L. Ron Hubbard. Cela ne me semble pourtant pas justifier que l'on tire un trait définitif sur sa carrière antérieure, dont plusieurs nouvelles et romans ont été publiés chez nous.
Tel est notamment le cas du très inattendu Space Opera dont il est question dans cette note de lecture.
Ainsi, à partir du début des années 1950, « rien ne va plus » pour L. Ron Hubbard. Cela ne me semble pourtant pas justifier que l'on tire un trait définitif sur sa carrière antérieure, dont plusieurs nouvelles et romans ont été publiés chez nous.
Tel est notamment le cas du très inattendu Space Opera dont il est question dans cette note de lecture.
Note de lecture
« L’espace est profond, l’homme faible, et le Temps est un impitoyable ennemi. »
Dans un futur indéterminé, les vaisseaux interstellaires qui relient la Terre à ses lointaines colonies se traînent en dessous du seuil luminique. Nul raccourci, hyperspatial ou autre, n’a encore été découvert et rendu accessible. Équipages et voyageurs subissent donc de plein fouet l’impact du « long passage », vieillissant de quelques mois alors que des décennies, voire des siècles, s’écoulent sur les planètes où ils font escale régulière. Jamais ils ne retrouvent ces mondes tels qu’ils les ont quittés à leur dernière visite. Le déphasage croissant fait d’eux des hors-caste, des parias qui ne sont plus nulle part chez eux.
Jeune inspecteur-ingénieur de dixième classe issu d’une famille terrienne noble mais ruinée, Alan Corday a cinq ans pour reconstituer son patrimoine avant de pouvoir épouser celle qu’il aime. Ce qui n’est plus envisageable sur la planète-mère, où la misère menace toujours davantage la richesse et le luxe, l'est sur Mars ou Vénus. Pas question de sortir du Système solaire, car cela réduirait son projet à néant.
Désabusé et sans grand espoir, Alan traîne un soir sur l’astroport peu reluisant de New-Chicago. Dans une taverne glauque où l’a attiré une musique inhabituelle, sa rencontre avec le capitaine Jocelyn lui fait entrevoir l’issue providentielle. L’homme est surprenant et fascinant, inquiétant et cynique, persuasif et peu scrupuleux. À peine Corday, sous l’emprise de l’alcool, a-t-il signé son engagement sur le Chien du Ciel qu’il évente le piège: le vaisseau ne l’emmènera ni sur Mars ni sur Vénus mais vers Alpha du Centaure, Bételgeuse et d’autres ports lointains. Alan vient d’être enrôlé de force pour le « long passage » et ne peut plus fuir…
Le Chien du Ciel file déjà dans l’espace lorsque Corday se réveille à l’infirmerie du bord, soigné par le docteur Strange. Ainsi commence sa difficile phase d’adaptation à un microcosme étrange, baroque et peu rassurant, où l’on compte davantage de femmes que d’hommes, quelques douzaines d’enfants, un mangeur d’opium, un cuisinier qui s’adonne à la boisson. Depuis ses quartiers, Jocelyn exerce son autorité sans une once de sentiments ni d’humanité. Sauf peut-être pour Madame Luck, jeune femme attirante préposée à l’entretien des cabines des officiers, et pour Endormie, frêle adolescente craintive, pâle et mutique dont le capitaine a fait sa protégée et sa commissionnaire. Très vite, Alan comprend que résister ou s’opposer à Jocelyn est voué à l'échec. Pourtant, l'idée d’une mutinerie est dans l’air et Reine, vieille rombière sur le déclin qui fut l'épouse d’un commandant de navire, propose en douce à Corday de rallier les futurs révoltés.
Outre les quarts, diverses tâches occupent Alan durant le voyage. Le Chien du Ciel, aussi appelé avec ironie le Cirque des Puces, a soixante ans d’âge spatial mais a été construit il y a deux mille ans. Il nécessite donc de fréquentes réparations et des modernisations régulières. Le jeune homme approfondit ses connaissances sur la navigation spatiale et le pilotage tout en essayant de s’adapter à la vie à bord et à la fréquentation de personnes marginales, déviantes, voire à la limite de la rupture. Endormie semble s’attacher à lui, le soigne avec dévouement pendant sa lutte contre la fièvre de l’espace et il pressent qu’elle cache un douloureux secret, lié au portrait d’une mystérieuse comtesse. Jocelyn, lui, se montre paradoxal et difficile à cerner, obscur dans ses motivations et ses desseins, parfois détaché des réalités par la consommation d’alcool auquel il mélange une bizarre poudre blanche.
Puis sonne l’heure de la première escale sur la planète appelée Johnny’s Landing. En cinq cents ans, ce monde jadis colonisé est devenu désert pour des raisons inexplicables. Le capitaine d’un autre vaisseau du « long passage », le Lion du Roi, arrivé une semaine plus tôt, confirme que la population s’est volatilisée sans raison manifeste mais que les mines d’uranium sont restées opérationnelles, de sorte que les deux navires peuvent remplir leurs soutes d’une cargaison précieuse pour la Terre ou leurs autres destinations. De toute évidence, la planète dépeuplée pourra de nouveau être colonisée dès que l’occasion se présentera.
Pendant la suite du voyage, Alan continue ses efforts d'intégration et son statut à bord se consolide. Le retour sur Terre lui ménage une première surprise : il y a eu une guerre, puis une dictature religieuse, puis une révolution, et les Noirs ont pris le pouvoir. Mais si la demeure familiale des Corday a disparu, la propriété des Montgraine existe toujours et, c’est pour lui une certitude, Cerita l’y attend.
Le choc est terrible : Chica, sa jeune et jolie fiancée, a vieilli de plus de soixante ans et a perdu la raison, s’inventant les souvenirs d’une vie qu’elle n’a pas eue. Alan comprend qu’elle a choisi de rester seule et a espéré en vain son retour. L’a-t-elle reconnu ou non ? Il ne cherche pas à savoir et décide de repartir, car la Terre n’a plus rien à lui offrir.
Deux ans plus tard, Corday a assis sa position à bord du Chien du Ciel mais se sent toujours plus seul et étranger, « un errant du zéro absolu et de l’éternité » pas assez attiré par la sédentarité pour envisager de s’installer sur un monde hospitalier, comme la paisible planète agricole O’Rourke ou Caterdice de Deneb dont les femmes sont très belles et les pygmées autochtones à la peau noire fournissent une main d’œuvre exceptionnelle.
Son impression de non appartenance est encore renforcée au retour suivant sur Terre, où des siècles se sont écoulés et où tous les anciens repères ont disparu. L’escale est brève, le temps pour Jocelyn d’embarquer un contingent d’aventuriers tentés par la recolonisation de Johnny’s Landing. La nouvelle visite à cette planète révèle une surprise désagréable : les créatures jadis utilisées comme esclaves par les humains et qui, de toute évidence, les avaient exterminés ont évolué vers une hostilité farouche. Il faut donc procéder à leur élimination radicale avant d’entreprendre une nouvelle installation durable.
Le Chien du Ciel repart pour le Grand Circuit de l’Ours qui passe par Paradis Alcor, Sweeney Merak et Cappacine Dubhe. Un an de périple qui amène peu de profits mais voit se multiplier les défaillances du navire et se réduire les réserves de combustible, dont il reste juste assez pour regagner la Terre.
Une Terre bouleversée, plus différente et hostile que jamais. New-Chicago ayant disparu, le Chien du Ciel se pose dans le Colorado près d’une ville gigantesque, à côté d’un autre navire qui n’est plus qu’une carcasse vide. Les premiers à débarquer en éclaireurs sont attaqués et décimés. Jocelyn confie la garde du Chien du Ciel à Corday et se dirige vers la ville avec un groupe armé. À la nouvelle de leur capture par l’ennemi, Alan prend la tête d’une escouade et part à leur recherche. Il se heurte aux forces du Troisième État, une dictature absurde et fantasque aux ordres d’un autocrate fou, Consoundalin, dont les soldats neutralisent et pillent tout navire qui brave l’interdiction absolue d’atterrir. Par ruse et sans merci, Corday et sa troupe prennent le tyran et ses sbires en otages. Hélas, il est trop tard pour Jocelyn, qui sera retrouvé mort dans la cité avec son groupe armé.
Voici désormais Alan nouveau capitaine du Chien du Ciel, reconnu par tout l'équipage survivant. Alors que les réparations indispensables s’effectuent, Corday prend possession de ses quartiers. Dans la lettre laissée par Jocelyn à son intention, il apprend que celui-ci l’avait identifié, dès leur première rencontre, comme le successeur qu’il recherchait depuis des siècles.
Duard Henry Jocelyn, ex-capitaine des Gardes Solaires, a jadis vécu le même drame affectif qu’Alan et choisi de renoncer à une existence normale. Sentant approcher la fin de sa carrière, il a tout programmé dans les moindres détails – y compris la tentation de rejoindre une fausse mutinerie – afin d’amener Alan à ne rien envisager d'autre que son destin sur le Chien du Ciel. Celui-ci, comme tous les navires du « long passage », doit continuer à sillonner le cosmos pour que perdurent la race, les triomphes et les espoirs des hommes dont la place ne saurait revenir ni aux Achnoïdes, ni aux Gleenites, ni à d’autres êtres rampants.
Tout naturellement, Corday endosse le rôle de Jocelyn jusque dans les traits les moins reluisants, dont l’usage de l’alcool et de la poudre blanche. Il enrôle donc de force, sans la moindre arrière-pensée, les membres d'équipage qui lui manquent avant de quitter la Terre avec ce navire devenu son héritage, sa patrie – son futur aux côtés d’Endormie qui n’est plus la pâle adolescente du début mais s’est transformée en la comtesse du portrait, une jeune femme séduisante qui l’aime depuis le début et dont il a fini par tomber amoureux.
Lafayette Ron Hubbard (1911-1986) fut un auteur estimable et reconnu de nouvelles et de courts romans de S.F. (entre autres) bien avant de basculer vers les tristes errements de la dianétique et de la scientologie. « Retour à demain » est un parfait exemple de son talent. Ce Space Opera (initialement paru en deux parties dans Astounding Science Fiction en 1950 puis édité au format poche par Ace Books en 1954) est très inattendu par son côté sombre et désespéré, d’une lucidité glaciale, qui casse sans concession les codes déjà classiques du genre.
Dans un futur indéterminé, les vaisseaux interstellaires qui relient la Terre à ses lointaines colonies se traînent en dessous du seuil luminique. Nul raccourci, hyperspatial ou autre, n’a encore été découvert et rendu accessible. Équipages et voyageurs subissent donc de plein fouet l’impact du « long passage », vieillissant de quelques mois alors que des décennies, voire des siècles, s’écoulent sur les planètes où ils font escale régulière. Jamais ils ne retrouvent ces mondes tels qu’ils les ont quittés à leur dernière visite. Le déphasage croissant fait d’eux des hors-caste, des parias qui ne sont plus nulle part chez eux.
Jeune inspecteur-ingénieur de dixième classe issu d’une famille terrienne noble mais ruinée, Alan Corday a cinq ans pour reconstituer son patrimoine avant de pouvoir épouser celle qu’il aime. Ce qui n’est plus envisageable sur la planète-mère, où la misère menace toujours davantage la richesse et le luxe, l'est sur Mars ou Vénus. Pas question de sortir du Système solaire, car cela réduirait son projet à néant.
Désabusé et sans grand espoir, Alan traîne un soir sur l’astroport peu reluisant de New-Chicago. Dans une taverne glauque où l’a attiré une musique inhabituelle, sa rencontre avec le capitaine Jocelyn lui fait entrevoir l’issue providentielle. L’homme est surprenant et fascinant, inquiétant et cynique, persuasif et peu scrupuleux. À peine Corday, sous l’emprise de l’alcool, a-t-il signé son engagement sur le Chien du Ciel qu’il évente le piège: le vaisseau ne l’emmènera ni sur Mars ni sur Vénus mais vers Alpha du Centaure, Bételgeuse et d’autres ports lointains. Alan vient d’être enrôlé de force pour le « long passage » et ne peut plus fuir…
Le Chien du Ciel file déjà dans l’espace lorsque Corday se réveille à l’infirmerie du bord, soigné par le docteur Strange. Ainsi commence sa difficile phase d’adaptation à un microcosme étrange, baroque et peu rassurant, où l’on compte davantage de femmes que d’hommes, quelques douzaines d’enfants, un mangeur d’opium, un cuisinier qui s’adonne à la boisson. Depuis ses quartiers, Jocelyn exerce son autorité sans une once de sentiments ni d’humanité. Sauf peut-être pour Madame Luck, jeune femme attirante préposée à l’entretien des cabines des officiers, et pour Endormie, frêle adolescente craintive, pâle et mutique dont le capitaine a fait sa protégée et sa commissionnaire. Très vite, Alan comprend que résister ou s’opposer à Jocelyn est voué à l'échec. Pourtant, l'idée d’une mutinerie est dans l’air et Reine, vieille rombière sur le déclin qui fut l'épouse d’un commandant de navire, propose en douce à Corday de rallier les futurs révoltés.
Outre les quarts, diverses tâches occupent Alan durant le voyage. Le Chien du Ciel, aussi appelé avec ironie le Cirque des Puces, a soixante ans d’âge spatial mais a été construit il y a deux mille ans. Il nécessite donc de fréquentes réparations et des modernisations régulières. Le jeune homme approfondit ses connaissances sur la navigation spatiale et le pilotage tout en essayant de s’adapter à la vie à bord et à la fréquentation de personnes marginales, déviantes, voire à la limite de la rupture. Endormie semble s’attacher à lui, le soigne avec dévouement pendant sa lutte contre la fièvre de l’espace et il pressent qu’elle cache un douloureux secret, lié au portrait d’une mystérieuse comtesse. Jocelyn, lui, se montre paradoxal et difficile à cerner, obscur dans ses motivations et ses desseins, parfois détaché des réalités par la consommation d’alcool auquel il mélange une bizarre poudre blanche.
Puis sonne l’heure de la première escale sur la planète appelée Johnny’s Landing. En cinq cents ans, ce monde jadis colonisé est devenu désert pour des raisons inexplicables. Le capitaine d’un autre vaisseau du « long passage », le Lion du Roi, arrivé une semaine plus tôt, confirme que la population s’est volatilisée sans raison manifeste mais que les mines d’uranium sont restées opérationnelles, de sorte que les deux navires peuvent remplir leurs soutes d’une cargaison précieuse pour la Terre ou leurs autres destinations. De toute évidence, la planète dépeuplée pourra de nouveau être colonisée dès que l’occasion se présentera.
Pendant la suite du voyage, Alan continue ses efforts d'intégration et son statut à bord se consolide. Le retour sur Terre lui ménage une première surprise : il y a eu une guerre, puis une dictature religieuse, puis une révolution, et les Noirs ont pris le pouvoir. Mais si la demeure familiale des Corday a disparu, la propriété des Montgraine existe toujours et, c’est pour lui une certitude, Cerita l’y attend.
Le choc est terrible : Chica, sa jeune et jolie fiancée, a vieilli de plus de soixante ans et a perdu la raison, s’inventant les souvenirs d’une vie qu’elle n’a pas eue. Alan comprend qu’elle a choisi de rester seule et a espéré en vain son retour. L’a-t-elle reconnu ou non ? Il ne cherche pas à savoir et décide de repartir, car la Terre n’a plus rien à lui offrir.
Deux ans plus tard, Corday a assis sa position à bord du Chien du Ciel mais se sent toujours plus seul et étranger, « un errant du zéro absolu et de l’éternité » pas assez attiré par la sédentarité pour envisager de s’installer sur un monde hospitalier, comme la paisible planète agricole O’Rourke ou Caterdice de Deneb dont les femmes sont très belles et les pygmées autochtones à la peau noire fournissent une main d’œuvre exceptionnelle.
Son impression de non appartenance est encore renforcée au retour suivant sur Terre, où des siècles se sont écoulés et où tous les anciens repères ont disparu. L’escale est brève, le temps pour Jocelyn d’embarquer un contingent d’aventuriers tentés par la recolonisation de Johnny’s Landing. La nouvelle visite à cette planète révèle une surprise désagréable : les créatures jadis utilisées comme esclaves par les humains et qui, de toute évidence, les avaient exterminés ont évolué vers une hostilité farouche. Il faut donc procéder à leur élimination radicale avant d’entreprendre une nouvelle installation durable.
Le Chien du Ciel repart pour le Grand Circuit de l’Ours qui passe par Paradis Alcor, Sweeney Merak et Cappacine Dubhe. Un an de périple qui amène peu de profits mais voit se multiplier les défaillances du navire et se réduire les réserves de combustible, dont il reste juste assez pour regagner la Terre.
Une Terre bouleversée, plus différente et hostile que jamais. New-Chicago ayant disparu, le Chien du Ciel se pose dans le Colorado près d’une ville gigantesque, à côté d’un autre navire qui n’est plus qu’une carcasse vide. Les premiers à débarquer en éclaireurs sont attaqués et décimés. Jocelyn confie la garde du Chien du Ciel à Corday et se dirige vers la ville avec un groupe armé. À la nouvelle de leur capture par l’ennemi, Alan prend la tête d’une escouade et part à leur recherche. Il se heurte aux forces du Troisième État, une dictature absurde et fantasque aux ordres d’un autocrate fou, Consoundalin, dont les soldats neutralisent et pillent tout navire qui brave l’interdiction absolue d’atterrir. Par ruse et sans merci, Corday et sa troupe prennent le tyran et ses sbires en otages. Hélas, il est trop tard pour Jocelyn, qui sera retrouvé mort dans la cité avec son groupe armé.
Voici désormais Alan nouveau capitaine du Chien du Ciel, reconnu par tout l'équipage survivant. Alors que les réparations indispensables s’effectuent, Corday prend possession de ses quartiers. Dans la lettre laissée par Jocelyn à son intention, il apprend que celui-ci l’avait identifié, dès leur première rencontre, comme le successeur qu’il recherchait depuis des siècles.
Duard Henry Jocelyn, ex-capitaine des Gardes Solaires, a jadis vécu le même drame affectif qu’Alan et choisi de renoncer à une existence normale. Sentant approcher la fin de sa carrière, il a tout programmé dans les moindres détails – y compris la tentation de rejoindre une fausse mutinerie – afin d’amener Alan à ne rien envisager d'autre que son destin sur le Chien du Ciel. Celui-ci, comme tous les navires du « long passage », doit continuer à sillonner le cosmos pour que perdurent la race, les triomphes et les espoirs des hommes dont la place ne saurait revenir ni aux Achnoïdes, ni aux Gleenites, ni à d’autres êtres rampants.
Tout naturellement, Corday endosse le rôle de Jocelyn jusque dans les traits les moins reluisants, dont l’usage de l’alcool et de la poudre blanche. Il enrôle donc de force, sans la moindre arrière-pensée, les membres d'équipage qui lui manquent avant de quitter la Terre avec ce navire devenu son héritage, sa patrie – son futur aux côtés d’Endormie qui n’est plus la pâle adolescente du début mais s’est transformée en la comtesse du portrait, une jeune femme séduisante qui l’aime depuis le début et dont il a fini par tomber amoureux.
Lafayette Ron Hubbard (1911-1986) fut un auteur estimable et reconnu de nouvelles et de courts romans de S.F. (entre autres) bien avant de basculer vers les tristes errements de la dianétique et de la scientologie. « Retour à demain » est un parfait exemple de son talent. Ce Space Opera (initialement paru en deux parties dans Astounding Science Fiction en 1950 puis édité au format poche par Ace Books en 1954) est très inattendu par son côté sombre et désespéré, d’une lucidité glaciale, qui casse sans concession les codes déjà classiques du genre.
Return to tomorrow @ 1954 Ace Books
Tant que l’homme n’aura pas vaincu les lois de la Relativité, le voyage interstellaire restera une malédiction et de véritables « vaisseaux fantômes » sillonneront les routes du ciel. Les navires multiséculaires vieillissants qui se détériorent au fil de leurs courses renvoient par maints détails à l’époque des grands voiliers et de la navigation aux instruments anciens. Mobilier en bois, casiers et table des cartes, registre pour les calculs, papier, crayon et compas, globe pour l’établissement des parcours, rappellent que l’auteur a servi dans la marine tout en creusant encore davantage le contraste entre le rêve d’une technologie futuriste d’avant-garde et la réalité basique enracinée dans le passé lointain. Le Chien du Ciel embarque une galerie de portraits marginaux, en rupture, un microcosme humain condamné à l’errance en vase clos qui exacerbe par moments les tensions, les rivalités, et le désir d’en finir pour de bon. Il n’y a rien de glorieux dans tout cela…
Hormis peut-être le héros principal, acteur de plus en plus impliqué malgré lui car il sait ne pas avoir d'autre choix, seule l’évanescente et énigmatique Endormie suscite l’empathie du lecteur et, dans les dernières lignes du livre, éclaire d’une lumière inattendue l’avenir d’Alan Corday. Le capitaine Jocelyn, dont l’âge mûr se cache parfois sous une fausse apparence de jeunesse, possède en quelque sorte la beauté du diable et s’entend à manipuler son entourage dans le sens qui l’arrange. La révélation finale de son plan s'apprécie à sa juste valeur et, dans une certaine mesure, lui apporte une part de réhabilitation.
Ce texte atypique quasi oublié mériterait une réédition avec révision (et peut-être relative modernisation) de sa traduction fortement datée et par moments approximative.
À noter, sur une thématique proche, les variations bien plus positives que donnera plus tard Peter Randa dans sa tétralogie des « Ancêtres »[1]. Et, dans le registre de la quête-errance désespérée qui s'éternise, quelques résonances communes avec la saga d’Earl Dumarest, la très riche épopée en trente-trois romans signée par Edwin Charles Tubb[2].
Notes :
Hormis peut-être le héros principal, acteur de plus en plus impliqué malgré lui car il sait ne pas avoir d'autre choix, seule l’évanescente et énigmatique Endormie suscite l’empathie du lecteur et, dans les dernières lignes du livre, éclaire d’une lumière inattendue l’avenir d’Alan Corday. Le capitaine Jocelyn, dont l’âge mûr se cache parfois sous une fausse apparence de jeunesse, possède en quelque sorte la beauté du diable et s’entend à manipuler son entourage dans le sens qui l’arrange. La révélation finale de son plan s'apprécie à sa juste valeur et, dans une certaine mesure, lui apporte une part de réhabilitation.
Ce texte atypique quasi oublié mériterait une réédition avec révision (et peut-être relative modernisation) de sa traduction fortement datée et par moments approximative.
À noter, sur une thématique proche, les variations bien plus positives que donnera plus tard Peter Randa dans sa tétralogie des « Ancêtres »[1]. Et, dans le registre de la quête-errance désespérée qui s'éternise, quelques résonances communes avec la saga d’Earl Dumarest, la très riche épopée en trente-trois romans signée par Edwin Charles Tubb[2].
Notes :
Hier et demain : le "long passage" d'une traduction
D'un point de vue strictement littéraire, l'unique version française de ce roman jamais réédité pose plusieurs problèmes susceptibles de rebuter le lectorat moderne.
D'abord, un style qui, comme pour la plupart des traductions publiées à l'époque en Anticipation et dans d'autres collections, est pour le moins daté et accuse fortement son âge. Ensuite, l'emploi de termes très ancrés dans un contexte terrestre, parfois très décalés en regard du lointain futur et de l'expansion interstellaire servant de cadre au récit. Enfin, l'impression que quelques ellipses et sauts narratifs nuisent à l'enchaînement de plusieurs séquences par manque de précisions et d'explications intermédiaires.
Jean-Marc Lofficier, qui tient lui aussi ce roman pour une œuvre importante et serait partisan d'une réédition convenablement révisée, affirme que des coupes ont très certainement été effectuées afin que la version française soit au format jadis imposé pour les ouvrages d'Anticipation. Impossible, dans l'immédiat, de dire ce qu'il en est vraiment du texte original. Mais peut-être pas pour longtemps, car j'espère pouvoir bientôt me plonger dans l'édition Ace Books et tirer de cette lecture quelques informations pertinentes. Affaire à suivre, donc...
D'abord, un style qui, comme pour la plupart des traductions publiées à l'époque en Anticipation et dans d'autres collections, est pour le moins daté et accuse fortement son âge. Ensuite, l'emploi de termes très ancrés dans un contexte terrestre, parfois très décalés en regard du lointain futur et de l'expansion interstellaire servant de cadre au récit. Enfin, l'impression que quelques ellipses et sauts narratifs nuisent à l'enchaînement de plusieurs séquences par manque de précisions et d'explications intermédiaires.
Jean-Marc Lofficier, qui tient lui aussi ce roman pour une œuvre importante et serait partisan d'une réédition convenablement révisée, affirme que des coupes ont très certainement été effectuées afin que la version française soit au format jadis imposé pour les ouvrages d'Anticipation. Impossible, dans l'immédiat, de dire ce qu'il en est vraiment du texte original. Mais peut-être pas pour longtemps, car j'espère pouvoir bientôt me plonger dans l'édition Ace Books et tirer de cette lecture quelques informations pertinentes. Affaire à suivre, donc...